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Le Centre d’Essais en Vol et le Super Frelon

samedi 19 février 2011

Les quatre derniers Super Frelon de la Marine Nationale, appartenant à la flottille 32F de Lanvéoc, ont terminé leur carrière opérationnelle le 30 avril 2010. Ils ont désormais rejoint leur lieu de retraite : le musée de l’air et de l’espace du Bourget, le conservatoire national de l’air et de l’’espace de Bordeaux-Mérignac, le musée de l’Aéronautique navale de Rochefort et enfin le musée de l’ALAT et de l’hélicoptère de Dax. Plusieurs cérémonies ont marqué le retrait du service de cet hélicoptère mythique et de nombreux articles ont retracé l’activité de cet appareil tout au long de ces quarante ans d’existence. Un intervenant majeur dans cette histoire fut le Centre d’Essais en Vol et cet article retrace sa participation dans la mise au point du Super Frelon et de son système d’armes.

 

Un peu d’Histoire …. La fin de la guerre 1939-1945 avait vu apparaître les premiers hélicoptères chez les Américains et chez les Allemands et la Marine Nationale, renaissante, était décidée à acquérir ces merveilleuses machines. L’Amiral NOMY, Commandant l’Aéronautique Navale, avait exprimé son désir d’acheter trois SE 3000, au minimum ; cet appareil construit par la Société Nationale des Constructions Aéronautiques du Sud-Est (SNCASE ou SE) était en fait la version française d’un hélicoptère allemand, le Focke-Agelis Fa 223. L’ingénieur allemand FOCKE que la France avait réussi à »récupérer » dans la débâcle allemande avait été une aide précieuse pour la SNCASE ! SNCASE SE 3000 n°01
Début 1950, les trois SE 3000 sont pratiquement terminés et peuvent commencer leur mise au point. Le Centre d’Essais en Vol à la demande du Service Technique Aéronautique (STAe), effectue en juin, 3 vols sur cette machine et arrête très rapidement la campagne d’essais devant le peu de confiance qu’il accorde à ce prototype :le SE 3000 est abandonné.

L’abandon du SE 3000 ne satisfaisait pas les différents Etats-Majors toujours à la recherche d’un hélicoptère de transport lourd. Peu confiant dans l’avenir du SE 3000, le STAe avait lancé, dès 1946, en parallèle, le marché d’études de l’hélicoptère SE 3100 « d’un type absolument nouveau ». Il reprenait, en fait, une étude de l’ingénieur FOCKE ! Cet hélicoptère devait être très en avance par rapport à ses concurrents américains et anglais : bi-moteur de 6 tonnes capable d’une vitesse de 300 km/h.

Le STAe, dans sa grande sagesse, avait demandé à la SNCASE de construire une maquette volante du SE 3100 appelée SE 3101 ; cette maquette d’une masse de 535 kg devait permettre d’étudier tous les dispositifs nouveaux qui équiperaient le grand frère le SE 3100 : à l’époque on ne doutait de rien ! Le premier vol du SE 3101 a lieu le 15 juin 1948 par Jean BOULET et, bien évidemment, ne permet aucune étude, le problème principal étant de mettre en vol avec sécurité ce petit hélicoptère.

SE 3101 - Jean Boulet aux commandesDu 13 juin 1948 au 5 janvier 1950 l’appareil effectue 20 h de vol chez le constructeur et la rupture du dernier moteur disponible met fin aux essais : Le SE 3101 est abandonné entraînant avec lui la suppression du projet SE 3100.( Il faut noter que l’appareil avait fait une brève apparition à Brétigny en janvier 1949 mais faute de pilote d’hélicoptère au CEV, Jean BOULET y avait piloté les 7 vols, et qu’une démonstration en vol avait présenté ce premier hélicoptère français le 14 mai 1949 au Salon de l’Aéronautique).

Cependant, le besoin d’un hélicoptère lourd se fait toujours sentir et en 1955, la SNCASE présente le projet X 316 équipé de 3 turbines et capables de transporter 28 personnes. Début 1956 le STAe passe commande de 2 prototypes et d’un banc d’essais de rotors : le programme X 316 devient le programme SE 3200 Frelon.

L’ancêtre : le SE 3200 « Frelon »

Cet hélicoptère qui avait effectué son premier vol le 10 juin 1959 sur le terrain du Bourget répondait à des clauses techniques rédigées par le Service Technique de l’Aéronautique, section Voilures Tournantes (STAe/VT).

La première manifestation du CEV se concrétise par une rapide campagne d’évaluation en juin 1960 ; 14 vols sont effectués, à Brétigny, en 10h25. Il est à noter que depuis son premier vol en juin 1959 le Frelon n°001 avait très peu volé et avait été immobilisé pendant 9 mois.

De septembre 1961 à février 1962 le n°002 effectue à Brétigny 12h30 de vols en 17 vols, pour vérifier les qualités de vol et les performances. Une dernière campagne s’effectue sur le n°001 de février à juillet 1962 pour mise au point du pilote automatique Sperry ,15 vols sont réalisés en 11h35.

Ces campagnes montrent que pour la première fois en ce qui concerne les V.T., le Centre d’Essais en Vol remplissait sur le même hélicoptère, ses deux principales missions : la vérification de clauses techniques, performances et qualités de vol et le développement d’équipements nouveaux dont le pilote automatique, par des essais en vol au profit de divers équipementiers.

Apres 34h30 de vol en 46 vols, les conclusions des rapports d’essais sont sévères :

- Le poids à vide est beaucoup trop élevé par rapport au poids total
- Les qualités de vol sont très médiocres
- La mise en œuvre est compliquée
- Le doute subsiste quant au choix judicieux du pilote automatique Sperry

SE 3200 Frelon n° 001 et 002Ces rapports signalent qu’une bonne part des difficultés rencontrées pour la mise en œuvre des appareils réside dans le fait que ces appareils étaient équipés de moteurs « TURMO III » prototypes également au stade de la mise au point. Une lettre du CEV indique que le dernier rapport relatif à l’hélicoptère SE 3200 a reçu une diffusion très restreinte pour éviter de provoquer une confusion avec l’opération SE 3210 et d’amener une extension regrettables de ces conclusions. D’un commun accord les Services Officiels et le constructeur décident d’abandonner le SE 3200 et de porter leurs efforts sur le SE 3210 « Super Frelon »

Les appareils prototypes et de présérie SA 3210 « Super Frelon »

Nota : En 1957 la SNCASE (SE) avait été regroupée avec la SNCASO (SO) pour constituer la société SUD AVIATION (SA) d’où le changement d’appellation SA au lieu de SE. SA 3210 N° 01 avec son train d'origine

Le premier vol du CEV sur le SA 3210-01 a été effectué à Marignane le 14 février 1963 alors que le premier vol de cet appareil avait eu lieu le 7 décembre 1962. Le CEV fait aussitôt savoir au directeur du Service Technique Aéronautique « l’excellente impression que cet hélicoptère a sur les équipages CEV ».

Très vite, une campagne d’essais à Brétigny sur le SA 3210 N°02 , en version Marine, confirme la bonne impression retirée des vols d’information à Marignane notamment des performances brillantes ,,des qualités de vol excellentes et un niveau vibratoire particulièrement faible .Plusieurs points concernant la conformité aux clause techniques sont relevés dont une instabilité en roulis et un phénomène de sillage en descente, mais le 02 n’était pas équipé de système d’augmentation de stabilité (Pilote automatique ). Du 9 au 31 juillet 1963 23h05 de vol sont effectuées .

En septembre 1963 le 01 vient à Brétigny pour une évaluation du pilote automatique (PA) Sikorski-Hamilton. Ce PA est jugé insuffisamment précis et ses réponses trop amorties pour apporter une aide efficace et sûre dans des cas de vol critiques, de plus la chaîne de roulis laisse prévoir de sérieuse difficultés pour effectuer les diverses manœuvres demandées par la Marine : 9h55 de vol sont effectuées. Depuis quelques mois le CEV effectuait les essais en vol des pilotes automatiques types 100, 101 et 112 proposés par la Société Française d’Instruments de Mesure (SFIM) .Un hélicoptère américain le Sikorski HSS1/N avait été acheté pour servir de banc d’essais à ces PA en développement et tout naturellement le CEV propose le PA SFIM 112 pour équiper les futurs Super Frelon de série. D’autres dispositifs, nouveaux sur hélicoptère, volaient sur ce HSS1/N : la boule SFENA dite « 3 axes » combinant horizon artificiel et cap, l’indicateur de vol stationnaire (IVS), le variomètre instantané….Ces instruments allaient tous équiper les Super Frelon de série.

Le 01 revient à Brétigny de décembre à février 1964 et après 50h25 de vol le CEV donne un avis favorable à la réception de base .Dans l’ensemble les clauses techniques sont vérifiées et la bonne impression du CEV sur cet appareil se confirme. C’est un hélicoptère qui a des performances brillantes, une maniabilité remarquable pour un appareil de cette taille et un excellent niveau vibratoire .Il ne faut pas oublier, à ce stade de la mise au point du Super Frelon, que le précédent hélicoptère construit par SUD AVIATION est l’Alouette III, petit hélicoptère, et que cette rapide mise au point du Super Frelon est un véritable exploit. SA 3210 N° 02 à flot, sur l'étang de Berre

Pendant l’année 1963 les équipages du CEV participent aux divers essais de mise au point comme les essais de comportement de l’appareil sur l’eau : amerrissages et décollages sont effectués sur le lac du Bourget et sur l’étang de Berre. On découvre que l’étanchéité de la coque laisse à désirer !

Fin 1964 le 02 reçoit le pilote automatique SFIM 112 et 60 h d’essais en vol, à Brétigny, permettent l’étude des fonctions stabilisation et pilotage transparent de ce PA.

Le rapport d’essais conclu qu’il y a tout lieu de penser que la mise au point de la transition automatique (partir du vol en palier pour rejoindre le vol en stationnaire) et des couplages à la radio sonde et au sonar pourront s’effectuer dans les meilleures conditions : c’étaient là des exigences de la Marine.

Pendant toute l’année 1964 les SA 3210 effectuent à Brétigny de petites campagnes, préludes à d’autres essais d’une toute autre envergure comme le vol sans visibilité, le vol en givrage, le transport de charges suspendues : quelques 70 h sont ainsi effectuées, essentiellement sur le 03. ….On note, le 17 novembre 1964, la présence, en vol, à Brétigny, de trois SA 3210 les n° 02, 03, 05 ! A la fin de cette année 1964 on peut considérer que la mise au point de l’appareil de base est terminée, qu’il répond aux clauses techniques et qu’il faut maintenant débuter la construction en série et la mise en service du SA 321 « Super Frelon ».

La mise au point du SA 3210 est malheureusement endeuillée par l’accident du 03. Au cours d’un vol d’endurance au large de Saint-Raphaël, la rupture d’un pignon de la boîte de transmission principale supprime la liaison entre le rotor et les moteurs, et entraîne la perte de l’appareil, causant la mort de deux membres d’équipage dont le pilote.

Super Frelon 01, modifié sur les conseils de Mr Riffard, dans le ciel d'IstresBien que le CEV n’ait participé aux tentatives de records de vitesses que par son service méthodes en charge du chronométrage, on ne peut passer sous silence la transformation du SA 3210 N°01 en bête de course ! Le 23 février 1963 Jean BOULET et son équipage battaient plusieurs records dont celui sur 100 km à la vitesse de 334,28km/h (180,50 nœuds).

Étienne MAURICE
Ancien pilote d’essais hélicoptère
Ancien chef PN/VT au CEV

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